Athleisure : comment la Gen Z redéfinit le rapport au sport ?
L’athleisure s’est imposé en quelques années, exprimant bien plus qu’un style vestimentaire. En Chine comme ailleurs, cette tendance traduit une évolution profonde des modes de vie urbains et du rapport au sport, portée par la nouvelle classe moyenne et la génération Z.
Inspiré par l’essor de marques d’athleisure comme Lululemon, On ou Descente, qui challengent aujourd’hui des acteurs historiques tels que Nike et Adidas, nos experts de Metis International à Shanghai ont analysé comment cette tendance refaçonne le marché et ce qu’elle signifie pour les marques.
À travers des entretiens approfondis menés auprès de consommateurs, ils ont mis en lumière un nouveau mouvement fort autour de l’athleisure, structuré autour de l’idée de « RECLAIM » (reprendre, récupérer).
Qu’est-ce que l’athleisure ?
À l’origine, le terme athleisure, contraction de « athlete » et « leisure » (loisir), désigne un style vestimentaire qui s’inspire du sport (gymwear) et des pièces du quotidien (streetwear).
Pensé pour être à la fois fonctionnel et esthétique, il accompagne aussi bien l’activité physique que la vie de tous les jours.
Aujourd’hui, les marques de mode ont largement investi la tendance en proposant des vêtements confortables mais aussi fortement inspirés des codes de la mode. L’athleisure ne se limite plus à des pièces pratiques ou techniques : il intègre des coupes travaillées, des palettes soignées et une vraie dimension stylistique, au point de devenir un vestiaire à part entière, pensé pour être porté, vu et revendiqué au quotidien.
Une remise en question du modèle sportif
De la performance imposée à l’équilibre intérieur
Pendant longtemps, le sport a été structuré autour d’une logique de performance, de dépassement de soi et de compétition permanente. Le corps était mesuré, comparé, évalué, souvent sous l’influence conjointe des marques, des médias et des réseaux sociaux. Ce modèle est aujourd’hui remis en question, notamment par les plus jeunes.
La génération Z ne rejette pas le sport, mais repense le récit unique qui lui était associé. Ainsi, le sport ne se définit plus uniquement par la performance, la discipline ou la routine mais est un moyen de se redécouvrir, de se reconnecter à soi-même et au monde extérieur (famille, communauté, nature). Les jeunes consommateurs cherchent à redonner du sens à leur pratique, en l’inscrivant dans une logique plus personnelle, plus douce et plus durable.
Quand le sport cesse d’être un marqueur social élitiste
Le sport a également longtemps fonctionné comme un marqueur social.
Certaines disciplines étaient associées à des codes de classe précis, à des normes implicites et à des équipements coûteux.
Pratiquer un sport signifiait souvent afficher un statut, une appartenance à une certaine classe sociale en fonction de l’activité exercée.
L’essor des réseaux sociaux, la démocratisation des marques de luxe et le boom des activités de plein air ont profondément redessiné les frontières de la sociabilité sportive.
Chacun peut désormais explorer et définir sa propre manière de se connecter aux autres par le sport, qui revient progressivement à son sens originel : non pas montrer, mais ressentir. Non pas se distinguer, mais s’exprimer.
Les 4 piliers de cette transformation culturelle en Chine, portée par l’athleisure
Nos experts ont identifié quatre piliers structurants de cette transformation en Chine, profondément ancrée dans une volonté de renouer avec le sens premier du sport. 4 piliers qui partent de soi et s’étendent au monde extérieur : la famille, la communauté, le monde.
Découvrez l’intégralité des insigths
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1. « Reclaim myself » : du culte de la performance à l’équilibre intérieur
Ce pilier part d’un besoin urgent de ne plus se plier aux diktats du sport et de la performance mais plutôt d’en faire un moyen de reconnexion à soi-même. Retrouver un équilibre entre le corps et l’esprit, plutôt que comme un outil de dépassement permanent. Une transformation intérieure, émotionnelle, parfois invisible.
La pratique sportive s’intègre désormais au quotidien comme un rituel de recentrage, suivi à son propre rythme.
2. « Reclaim my kinship » : renouer les liens familiaux
Longtemps, dans les dynamiques familiales traditionnelles, le sport relevait davantage du devoir que du plaisir, souvent guidé par des attentes éducatives ou normatives.
Aujourd’hui, les jeunes générations se réapproprient le sport comme un moyen de renforcer les liens avec leurs proches. Courir, faire du vélo ou pratiquer le yoga avec ses parents, ses frères et sœurs ou son partenaire n’est plus une contrainte, mais une manière de créer des moments partagés et porteurs de sens.
Le sport ne sert plus uniquement à transmettre des compétences ou des habitudes, mais à partager des expériences, nourrir la relation et restaurer une forme de chaleur dans un quotidien souvent fragmenté.
3. « Reclaim my community » : une sociabilité libre et inclusive
Pendant longtemps, la sociabilité sportive reposait sur des règles implicites : un certain niveau requis, des partenaires fixes, des équipements coûteux servant à afficher une forme de légitimité.
Aujourd’hui, les jeunes générations redessinent ces codes. De nouvelles pratiques plus accessibles et plus ludiques émergent, sans exigence de niveau, sans engagement durable. La pratique devient spontanée, flexible et ouverte.
Le sport se transforme alors en un espace d’expérimentation sociale. On y cherche des moments de respiration et de connexion simple et sincère, libérés des contraintes professionnelles et des rôles sociaux. On redonne au sport sa dimension la plus essentielle : le plaisir d’être ensemble.
4. « Reclaim my experience with nature » : la reconnexion à la nature et au vivant
Pour de nombreux jeunes consommateurs, le sport devient un moyen de se reconnecter à la nature.
Randonnée, activités outdoor : la nature n’est plus seulement une échappatoire, mais une extension de la vie quotidienne. À travers le sport, les individus redécouvrent le monde par le corps, les sensations et la respiration, et renouent avec une forme d’intensité vécue.
Comment les marques d’athleisure s’adaptent aux nouvelles attentes des consommateurs
Face à ces transformations, les marques ne peuvent plus se limiter à vendre des produits performants.
Elles doivent concevoir des expériences, des communautés et des récits alignés avec cette nouvelle vision du sport.
Certaines tirent clairement leur épingle du jeu, comme Lululemon, à travers ses événements comme le Sweatlife Festival, où la marque met en avant une approche « made to feel », favorisant le dialogue entre le corps et l’esprit.
Ou encore Descente, avec des initiatives comme l’Ice & Snow Innovation Arena, pour éveiller la curiosité des citadins pour les sports d’hiver et mettre en scène le sport comme une expérience collective, familiale et ludique.
L’athleisure en Chine : au-delà d’une simple tendance
En Chine, l’athleisure ne relève plus d’un simple phénomène de style ou d’un effet de mode.
Il traduit une transformation profonde du rapport au sport, au corps et au quotidien, portée par une génération en quête de sens, d’équilibre et de connexion.
Certaines marques ont su anticiper cette évolution.
Plutôt que de se concentrer uniquement sur la performance produit, elles ont compris que l’enjeu se situait désormais ailleurs : dans l’expérience, le récit et la capacité à accompagner de nouveaux usages du sport.