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Episode 4 : Aqua-dollars & guerre de l’eau avec Rango

Auteur(s) : Olivier Bousquet
Mis à jour : 1 juillet 2026

Sommaire

C’est un secret de polichinelle : la cote d’amour de la banque est maigre dans l’opinion. Toutes les études le confirment, les Français sont méfiants, pour ne pas dire critiques, vis-à-vis de la banque en général. Au-delà des constats et des débats, il est intéressant de s’interroger sur l’imaginaire collectif associé à ce secteur et comment les œuvres de fiction s’en emparent pour contribuer à façonner l’image que nous en avons. Après l’intelligence artificielle et la RSE, nous ouvrons donc une nouvelle saga « Pop Culture » consacrée cette fois-ci à la banque.
Au programme, 4 institutions de fiction qui feront chacune l’objet d’un épisode hebdomadaire, toutes contribuant à façonner durablement nos représentations. Ce quatrième épisode se penche sur le dessin animé Rango.


Livret Banque & Pop Culture Episode 4

Poussière un jour, poussière toujours

« Bienvenue à Poussière ». Une ville de western typique nichée en plein désert, avec son saloon, sa prison, sa banque et sa rue centrale qui abrite son lot de duels. Mais une ville en crise, en proie à une violente pénurie qui menace la vie de ses habitants. Et cette pénurie, c’est l’eau. Poussière est à sec. La situation est désespérée quand Rango, notre héros doublé par Johnny Depp, arrive sur place. Par hasard. Car Rango est un caméléon domestique, amateur de théâtre, qu’un nid de poule enverra valser en-dehors de son bocal et échouer sur les abords de la route 66, loin, bien loin de la ville et de son confort. Après quelques mésaventures, il fera la rencontre de Fève, lézarde catatonique à ses heures perdues, qui le mènera jusqu’à Poussière, desséchée jusqu’à l’os. La ville espère un héros. Rango le deviendra peut-être.

Banque de l’eau

Poussière, comme dans tout bon western qui se respecte, possède sa banque. Elle est tenue par l’honorable Johannes Merrimack III et propose, en matière de devise, de l’eau. Chaque habitant y dépose ses économies sur un livret Aqua. Evidemment, elle finira dévalisée. Mais il ne pleut plus à Poussière. Depuis longtemps. Le coffre-fort, qui se révélera être un jerrycan, ne contient presque rien. A peine de quoi tenir quelques jours encore. Car qui contrôle l’eau, contrôle la ville, expliquera le maire, une tortue aussi retorse que machiavélique. Et en cette époque de dérèglement climatique et de crise des ressources, la sentence de ce personnage résonne désagréablement aux oreilles des spectateurs. D’une certaine façon, Rango réitère ce que Soleil Vert montrait déjà en 1973 : l’épuisement des ressources naturelles au profit d’une caste dominante. Dans le film d’animation de Gore Verbinski sorti en 2011, il s’agit de l’eau. Dans un monde asséché, son accès, son contrôle et sa gestion représentent le pouvoir. Financier bien sûr, mais également religieux. Le maire l’utilisera autant pour s’enrichir sur le dos de ses administrés que pour les maintenir dans un état d’incrédulité et de léthargie. « Rien n’est aussi désespérant que de trouver une nouvelle raison d’espérer » philosophait Machiavel. Rango l’apprendra malgré lui à la moitié du film environ, lorsqu’il troquera l’imposture pour le courage, déterminé à rendre aux « Poussiériens » leur bien le plus précieux : l’eau de toute une ville. De toute une vie.

Or bleu

En ce sens, Rango offre une lecture aussi différente qu’atypique sur la représentation des devises dans la fiction. Peut-être que les espèces naturelles seront la norme demain et que l’eau sera au 21ème siècle ce que l’or (ou le pétrole) était au 20ème en particulier : la référence sur laquelle s’est établi le système financier mondial au sortir de la Seconde guerre mondiale. Il est aisé d’en imaginer le rationnement, le précieux sésame stocké dans d’immenses réserves sous le joug de milices armées. Peut-être pas tout de suite sous nos latitudes, mais sous d’autres souffrant d’intenses épisodes de sécheresses chroniques. C’est déjà le cas. Un milliard d’individus vivent dans des zones soumises à pénurie. Ils seront 3,4 milliards en 2030, principalement le long d’une diagonale courant de l’Afrique du Nord jusqu’au nord-est de la Chine.  Il y aura peut-être des milliers de Poussière sur le globe. Et sans doute presque autant d’individus aussi véreux que le maire et ses sbires pour s’emparer et contrôler le précieux or bleu. Reste à espérer que quelques Rango auront le courage de se soulever malgré tout. Pour ramener un peu d’espérance dans un monde qui en aura sans doute davantage besoin encore que celui que nous connaissons aujourd’hui. N’en doutons pas. Comme le dit notre brave caméléon lui-même : « Ain’t no one going to tango with the Rango ! »

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